Rencontre Yann Salaun 2022, un an sur le tour mondial IBC
Mars 2023 | Texte & interview : Basile Hemidy | Merci aux photographes qui ont contribué à l'article
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Est-ce qu’il n’était pas temps d’avoir une belle interview de Yann Salaun sur Forward ?
Même pas la trentaine et déjà plus de quinze ans à écumer les podiums en boogie, avec quelques moments phares comme sa victoire aux championnats d’Europe cadet en 2008, et ses trois titres de champion de France en 2006, 2015, et 2019. En 2022, les choses s’accélèrent et les planètes s’alignant parfaitement : il décide de réaliser un rêve en se lançant sur le tour mondial IBC. Et quelle première année ! En plus de cela, Yann a toujours été de ces riders qui nous font aimer la scène bodyboard bretonne : humble, sincère, enjoué, le smile jusqu’aux oreilles, et toujours prêt à défoncer un spot.
C’est donc un plaisir tout particulier de lui donner la possibilité de s’exprimer sur l’année spéciale qu’il a vécu. Yann prend le temps de répondre à nos questions par messages vocaux, profitant de la longue route qui le sépare de Quiberon à Plouzané, du centre de formation des BP-surf (où il est formateur) jusqu’à son école de surf créée en 2016 : la Minou Surf School évidemment.
Une interview fleuve consacrée à sa saison sur le tour IBC, des réponses passionnantes d’une année pas comme les autres !
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Salut Yann ! Quand on a relancé Forward en décembre (2022), on s’est directement dit «faut absolument qu’on interview Yann Sal’, il a dû passer une année incroyable! ». Alors ça fait quoi de suivre le tour mondial ? 2022 tu t’en souviendras j’imagine ?
Merci à vous ! Clairement 2022 est une année complètement insensée, je réalise un rêve d’enfance avec cette participation au tour IBC (International Bodyboard Corporation) ! Depuis petit je m'entraîne à fond pour le haut niveau, et quand j’avais 15/16 ans on nous promettait un tour mondial pour les jeunes qui n’a finalement jamais existé. Mais peu importe, la passion était toujours là, j’ai continué de rider par plaisir et puis j’ai monté mon école de surf en 2016 (Minou Surf School à Locmaria-Plouzané, Finistère). Et finalement arrive enfin ce rêve de gosse en 2022, notamment grâce au soutien inconditionnel des copains en Bretagne et en France (“mais surtout les bretons”), qui m’ont bien motivé à casser la baraque !
Yann minot, avec PLC, minot lui aussi !
Comment ça t’a pris ? On imagine que ça se prépare bien en amont tout ça !
Ça me trottait en tête depuis un bon moment, ça fait 5 ou 6 ans que je me prépare physiquement à surfer des conditions solides. J’ai fait beaucoup de voyages aux îles Canaries et au Portugal histoire d’aller au charbon, pour progresser dans les grosses vagues. Et en 2022 j’étais prêt, on discutait entre riders français, Max (Castillo) suivait déjà le tour lui, et nous motivait à faire de même, je me suis chauffé, et c’était parti !
Charging en règle au Annaëlle Challenge © Kellian Bier
Tous ces voyages coûtent cher, tu as financé ça comment ? Tes sponsors ont aidé ou tu as dû t'autofinancer ? Vous étiez toute une équipe de frenchies, vous vous êtes coordonnés tous ensemble pour réduire les frais au maximum etc ?
Effectivement ça coûte un bras, et l’an dernier je n’avais pas fait appel aux sponsors financiers, donc il a fallu que je prenne sur les sous mis de côté au fil des années grâce à l’école de surf que j’ai créé il y a 7 ans maintenant. J’ai tapé dans mon argent perso, mais c’était pour réaliser un rêve donc je n’ai absolument aucun regret ! En revanche pour 2023 je pars à la recherche de sponsors, histoire de diminuer la facture quand même.
Niveau organisation, avec les autres frenchies on était en contact permanent, donc pour le logement par exemple on gérait pour choper des locations ensemble. On n’a pas non plus fait des énormes coloc, parce qu’on a tous des rythmes de vie assez différents, mais on était en général 3 ou 4 à prendre une maison ou un appart à partager, histoire de diminuer la note.
Tu tiens ton école de surf au Minou, tu as filé les rennes du club à d’autres personnes pendant ton absence ? Tu as dû continuer à bosser l’administratif pendant que tu étais à l’étranger ou tu as pu complètement couper avec toutes ces responsabilités ?
Il a fallu bien s’organiser en avance, il y avait un paquet de cours de prévu avec l’école donc on a fait en sorte qu’avant mon départ tous les planning soient prêts de A à Z de début mai à mi juin. Et surtout j’ai pu compter sur les deux bras droits de l’école, Julien Sehan et Thomas Simon. Ils ont géré une bonne partie de l’administratif du fait de mon absence. Après pendant cette période sur les compétitions j’ai continué de bosser à distance, beaucoup moins évidemment, mais c’est encore moi qui avait certaines cartes en main. Il a aussi fallu également commencer à préparer la saison d’été tout en étant à l’autre bout du monde. Tout ça fait que j’avais des fois trop la tête en Bretagne en train de me demander si tout allait bien se passer. C’est toujours un coup de stress de partir de la maison et de laisser son entreprise fonctionner sans toi…et finalement tout s’est bien déroulé avec Thomas et Julien !
Home sweet home © Laurent Bourdier
Niveau matos, tu pars chargé j'imagine ? C’est quoi ton quiver ?
J’avais deux planches avec moi qui se ressemblent un peu à vrai dire, une WATT 41,75/42 NRG et une WATT 41,5 PP. Je n’étais pas hyper sûr de mon choix au départ mais finalement ça l’a fait jusqu’au Brésil, où là-bas l’eau est vraiment trop chaude et le PP ne suffit pas, il aurait fallu du PP double stringer ou PP stringer mesh.
Côté combinaisons, je suis parti avec une 4/3, une 3/2, et un shorty, et évidemment un boardshort pour le Brésil vu que l’eau est à 28° ! Mais j’ai fait la connerie de partir avec de vieilles combards et j’ai dû toutes les revendre au Chili pour m’en racheter des neuves parce j’avais trop froid à l’eau !
Et pour le reste, bien sûr, deux paires de palmes hein, tu connais.
Bon, et puis commencent les choses sérieuses avec cette première étape au Chili sur la légendaire vague de Gringos dans de superbes conditions ! Pas trop flippant ? Ça a été quoi ton premier ressenti en arrivant au peak ? Tu avais peut-être déjà mis les pieds là-bas ?
Ouais, sacré spot qui fait peur et sacrée compétition à Arica ! En vidéo la vague est déjà bien impressionnante, mais alors en arrivant là-bas en vrai, tout ça se décuple ! Depuis quelques années j’analyse beaucoup la vague en vidéo, j’essayais de visualiser l’engin au maximum, mais comme d’habitude sur les vidéos on ne voit pas tout ce qui se passe dans l’eau, entre le courant, les grosse vagues qui ferment etc.
Nous on est arrivés 2 jours avant le contest, mais si c’était à refaire on y sera au moins une semaine avant, pour bien prendre nos marques parce que c’est vraiment un spot intimidant. Le jeudi il y avait 3 à 4m50, j’avais jamais vu des vagues aussi grosses, Amaury est parti seul à l’eau, El Gringo était dans ses grands jours, ça saturait complètement. Autant te dire qu'imaginer qu’on allait devoir se mettre à l’eau sur ce spot pour la compétition était compliqué à réaliser.
Petit selfie avec Amaury Lavernhe devant le monstre chilien ©Yann Salaun
Mais le lendemain déjà la vague était plus abordable, il y avait entre 1m50 et 3m. C’était quand même hyper chaud mais on s’est motivé avec Yon Aimar. On est arrivé dans la pass et moi clairement je me demandais ce que je foutais là ! Je suis resté 15min sur le côté à observer le spot pour bien comprendre la vague, ensuite je suis allé au peak en faisant bien attention, et finalement ma première vague là-bas ça a été un bon barrel avec un invert en sortie ! Ça m’a bien débloqué pour la suite !
Pas de soucis, Yann à réussi à prendre ses marques à Arica
Tu débutes avec un super résultat, et les autres frenchies aussi d’ailleurs ! C’était la première étape donc zéro pression c’était ça le secret ?
J’étais d’abord là pour réaliser le rêve d’une vie et je ne m’étais fixé aucun objectif de résultat à vrai dire. La seule pression c’était les vagues !
De mon côté j’ai pu passer pas mal de heat et prendre confiance sur la vague, pour finalement perdre en man on man contre Tanner Mc Daniel qui lui avait gagné la dernière édition (avant COVID donc en 2019) avec un total de 20/20 contre Pierre Louis Coste ! Je savais que j’avais un des meilleurs sur le spot face à moi, c’était un vrai challenge, j’ai tenté de le battre en partant sur une grosse droite, mais j’ai fais le chicken et ai filé tout droit, j’ai loupé le plus gros barrel de ma vie...j’espère qu’en 2023 j’aurai l’occasion de rattraper ça !
Mais oui, je suis plus que content de ma 9ème place pour une première compet’ sur le tour mondial, en plus on était 5 français dans le top 10, c’est énorme !
Vous prenez le temps de fêter ça ensemble ? Ça dit quoi niveau relâchement pendant ces semaines/mois de tour mondial ? Vous restez focus à fond ?
Les frenchies en ont profité pour faire la fiesta mais malheureusement pour moi, on était samedi et le lundi je devais enchainer sur l’étape à Iquique, donc j’ai dû la jouer raisonnable. Et puis j’avais mis la fiesta de côté depuis un moment, c’était pas pour craquer là-bas !
Durant cette période on enquille énormément de fatigue physique et mentale, notamment l'enchaînement intense entre le Chili et le Brésil donc on essayait d’avoir un rythme de vie le plus sain possible, au quotidien c’est plutôt stretching, surf, se reposer, bien manger, re-strestching, se coucher tôt, se lever tôt ! Par exemple au Chili on dormait à 21h/21h30 ! Et avec ce rythme notre corps nous remerciait. Même si l’envie de se mettre des gros paquets était là, fallait rester focus, parce qu’on a pas mille compétitions dans une vie alors autant la jouer à fond !
Yann en spin-air à Arica © Photos Leger
Ensuite ça enchaîne rapidement à Iquique et Antofogasta, toujours au Chili mais plus au sud, deux étapes plus compliquées pour toi, et plutôt favorables aux locaux très toniques et qui connaissent parfaitement la vague!
Effectivement, énormément de déception après le petit nuage à Arica… J’ai terminé dans les 40ème à Iquique donc ça m’a mis une bonne claque dans la tronche, puis à Antofogasta je fini dernier de mon premier round, avec un heat difficile d’entrée de jeu et des histoires de priorité et d'interférences contestables… Et comme si ça ne suffisait pas je m’étais blessé à Iquique en free surf avec une déchirure à l’aine droite, ça ne m’a clairement pas aidé.
Si il y a une revanche que je veux avoir cette année c’est sur ces deux contest (Entre temps les organisateurs de l’étape du Iquique Bodyboard Pro ont annoncé le 14 mars qu’il n’y aurait malheureusement pas d’étape du tour mondial chez eux en 2023), donc là le tour commence début mai, et je suis déjà en entraînement physique afin d’être au top.
C’est dur pour le moral ces moments-là ? Le fait d’être une équipe soudée avec les autres frenchies ça aide un peu j’imagine ?
Déjà j’étais un peu amère, parce que quitte à perdre en étant en forme, j’aurais pu fêter un peu les bons résultats du Arica avec les autres ahah !
En vrai tout ça ça met un vrai coup au moral, comme tout sport de haut niveau c’est au quotidien des hauts (un peu) et des bas (beaucoup), donc il faut savoir gérer ses émotions et rebondir. Se raccrocher à des choses qui font plaisir. On avait vraiment la chance d’avoir avec nous des français qui ont de l’expérience, que ce soit Amaury, Pierre Louis, ou Max, qui connaissent bien tout ça, et ils nous ont aidé à gérer certains moments et je les remercie pour cela. Mais j’espère que la prochaine fois qu’ils nous conseillent ça sera plutôt sur de la technique et pour nous envoyer dans le top 10 !
© Rodrigo Carrasco Diaz
Une fois éliminé, c’est quoi ton quotidien sur place sur les contest ? Tu prends le temps de voir la ville ou tu supportes les copains ?
À Iquique par exemple, j'ai continué à profiter du lieu, même si c’est plutôt moche avec des gros buildings dans tous les sens, on a visité la ville et les grosses dunes qui s’y trouvent derrière. À côté de ça c’est beaucoup de free-surf pour s'entraîner, mais là-bas il y avait énormément de monde vu qu’il y avait aussi un contest de surf en même temps.
Après à Antofogasta, j’ai failli profiter d’être éliminé tôt pour repartir à Arica surfer et faire des images avec l’Australien Liam Lucas, mais vu ma déchirure j’ai préféré la jouer raisonnable pour arriver à Itacoatiara dans la meilleure des formes.
Photo de groupe au Chili
Et ensuite, c’est parti pour la fameuse Itacoatiara au Brésil, vrai temple du boogie, ça doit faire plaisir de découvrir le spot ! Comment ça se passe pour toi sur place ?
L’açaïïïï ! Ça faisait trop du bien d'arriver au Brésil et de changer des paysages du Chili où on était pas vraiment gatés sur les lieux de compétition ! Là il faisait chaud, la bouffe était bonne, la vie sur place était accessible, les gens sont sportifs et prennent soin d’eux ! Bref, on se retrouve dans un super environnement pour se préparer à Itacoatiara.
Avant l’étape du tour j’ai eu la chance de pouvoir participer à une compétition nationale pro brésilienne où j’ai super bien gazé car j’y ai terminé 9ème face aux meilleurs brésiliens. Seul souci c’est que j’ai fini cette compétition le dimanche et que l’étape du tour mondial commençait le…lundi. J'espérais avoir le temps de me reposer mais comme on était pas tant que ça de riders sur l’étape, ça a commencé le lendemain direct pour moi. Les conditions étaient assez grosses et j’avais perdu énormément d’énergie avec ma connerie de participer au contest précédent, alors je me suis fais sortir rapidement face à un des gros local du spot : Mickael Rodriguez. Je finis bien déçu de ma perf’ (24 ou 25ème), et si c’était à refaire je me passerai de ce premier contest pour me concentrer sur le tour mondial, même si c’était une super expérience !
Itacoatiara, un spot brésilien de toute bôôté
Vous avez réussi à avoir de bons free-surf également au Brésil ?
Ouais, ensuite comme il nous restait quelques jours sur place, j’en ai profité pour bouger découvrir de nouveaux spots avec les chiliens Matias Diaz, Nicolas Diaz et Kevin Torres. On a cruisé pendant 4 jours, à la découverte du beach break de Sao Corrado à Rio, de Copa Cabanna…c’était vraiment incroyable et j’ai pu tisser des liens forts avec ces gars là pendant les quelques jours passés ensemble. Donc le Brésil c’est vraiment l’étape que j’ai kiffé le plus sur toutes ces étapes en Amérique du Sud. Le temps était incroyable, les vagues top et l’atmosphère sportive du Brésil m’a vraiment inspiré, et ça m’a même donné envie d’inculquer ces valeurs aux jeunes de l’école de surf !
Ça n'a pas fait que manger des açaï au Brésil © Gabriel
Rien à voir mais l’ambiance sur le tour a l’air plutôt bonne, c’est une impression ou ça l’est vraiment ?
L’ambiance sur le tour est carrément bonne ! Autant en arrivant à Arica je trouvais que l’ambiance était particulière, j’avais l’impression que chacun était dans sa bulle, mais en fait c’est juste que la vague est effrayante et tout le monde était très concentré.
Pour le reste que ce soit l’avant ou l’après compèt’, tout le monde se parle, ça rigole, ça se file des conseils, et puis ça permet de découvrir d’autres cultures, d’autres façon de s’entrainer, donc je sors de là en étant trop content de m’être fait des nouveaux copains dans le milieu du boogie !
Après le Brésil tu rentres en France si je me souviens bien. Tu décompresses ?
Oui je rentre en France très très trèèès fatigué car c’était vraiment intense le Brésil (et sans faire la fiesta!). Une seule fête en un mois et demi, donc j’avais surtout envie de profiter de mes amis et de ma copine, on s’est fait une petite soirée de retrouvaille à Brest vu que c’était la fête de la musique, mais j’étais K.O donc même là j’ai pas fait la grosse bringue. Entre les compet’ et le free-surf, même si ce trip c’était un super moment, ça tire énormément sur le physique et sur le mental. Donc j’ai fait calme. Et puis j’avais du pain sur la planche à l’école de surf, avec la saison à préparer ! Cette coupure au pays m’a fait beaucoup de bien, ça m’a remotivé à bloc !
S'ensuit un nouveau départ pour l’étape au Maldives, une première là-bas !
J’avais pas prévu d’y aller à la base ! Mais après le Brésil j'étais dans les 30 premiers du classement général, et j’avais entendu que peu de personnes se déplaçaient là-bas, donc j’ai sauté sur l’occasion pour aller marquer des points, accompagné d’Irwin Cloarec, la légende vendéenne !
Petit selfie entre stars du tour
Ça fait quoi de surfer avec un pont/autoroute géante à l’horizon ? Plus sérieusement, la vague avait l’air cool, c’est quoi ton ressenti sur le lieu, l’épreuve, la vague, la scène boogie locale ? Le public avait l’air bouillant derrière les riders maldiviens !
Déjà, énorme choc de température en arrivant là-bas, il fait super lourd, genre 35° et de l’humidité, t’as l’impression d’avoir un rideau sur le visage, et moi c’est pas mon truc ! L’eau était également très chaude, on avait l’impression d’être dans un bain, elle fumait pour te dire, et pas pour les mêmes raisons que l’hiver chez nous !
L’étape se passait sur l’île-ville de Malé, et autant te dire que ça n’a rien à voir avec les photos qu’on voit dans les agences de voyages avec les petites îlots et lagons paradisiaque, là c’est juste une accumulation de buildings au milieu de l’océan…
L'île de Malé aux Maldives, une vraie ville-île. Béton : 1 - Nature 0
La vague quant à elle paraissait parfaite en vidéo, mais c’était une autre paire de manches à l’eau. Un courant et des mouvements d’eau de malade, avec en prime les piliers du pont d’autoroute au large qui divisent les trains de houles… Apparemment sa construction a déglingué le spot, et c’est désormais impossible de savoir exactement où vont arriver les vagues. Le seul moyen de savoir qu’une bonne vague arrivait c’est quand on entendait tous les gars des Maldives qui criaient au bord de l’eau, il y avait une sacrée émulation chez les locaux !
D’ailleurs la scène de bodyboard local est en plein développement, le niveau n’était pas encore très élevé, mais il y avait quelques jeunes qui défonçaient donc on risque d’avoir des surprises dans quelques années.
De mon côté j’ai commencé crescendo, jusqu’à un man on man contre un des locaux. J’étais serein et au-dessus de lui techniquement mais il connaissait le spot par cœur. J’ai fait un mauvais choix de vague, mal géré ma série, et j’ai perdu. Donc vraiment déçu de moi en terminant 9ème de l’étape, ce qui en soit est un super résultat, mais j’aurai vraiment pu arracher une 5ème place! Et si j’avais gagné ce heat, j'aurais pu prendre ma revanche avec Tanner Mc Daniel contre qui j’avais perdu à Arica. Mais bon, cette 9ème place m’a permis d’améliorer mon classement général, j’étais quand même satisfait !
Le spot de la compétition aux Maldives, avec le fameux pont auto-routier au large © Pablo Jimenez
Derrière c’est le retour en France. Il reste encore quelques étapes mais en Europe cette fois-ci c'est ça ?
Retour en France et on est encore en pleine saison à l’école de surf, donc direct dans le vif du sujet avec les cours de surf et l’administratif à gérer.
Effectivement un mois plus tard c’est l’étape de Sintra au Portugal, et plein de frenchies se sont motivés, je crois qu’on était une trentaines de français ! On a passé de bons moments, fait pas mal de free-surf, et sur le contest il y avait un niveau énorme et je finis quand même 17ème de l’étape ! Ça améliore encore mon classement au général, donc bonne expérience que ce passage au Portugal.
Le french boogie creeeewww en direct d'El Fronton
Et vient le Fronton King au Canaries fin octobre qui ne m’a pas laissé un souvenir impérissable cette année. Je suis direct dans le main-event donc pas de tour de chauffe, je n'ai que deux heat pour faire mes preuves, ça passe ou ça casse ! Les conditions étaient grosses et ventées, en prime je suis passé sur les séries à marée basse, et dans celle contre Tristan Roberts et Marli Dunn, je pars sur sur une grosse vague de série sauf que toute l’eau s’est retirée et je finis en bodysurf sur la dalle, ma clavicule tape le fond. Là je te parle, on est 6 mois plus tard, et je sens encore la douleur… en sortant je me suis rendu compte que j’avais également le cou tout éraflé… je me suis fait très peur ! Donc clairement pas un bon souvenir que cette compétition, en plus de ça un pote, Julian Gonzales, est mort sur ce spot un peu plus tard dans l’année… je vais aller m’acheter un casque pour les prochaines fois aux Canaries. J’ai encore envie de continuer à profiter de ma vie, de mes amis, de ma famille, donc on va se protéger !
Yann sur une bombe à Fronton
Mais vu que ça ne suffisait pas, quelques mois plus tard, en fin novembre, on découvre la création du Breizh Bodyboard Tour, tu es dans l’organisation toi ? Et en plus tu gagnes la première étape dans de bonnes conditions !
Effectivement le tour breton a repris ! Ça faisait quelques années que la coupe de Bretagne s'était arrêtée, donc le BBT (Breizh Bodyboard Tour) est un remake de ce qu’il se passait avant. Ça permet au rider de faire des points et de se qualifier à la coupe de France. Je fais partie de l’orga et je participe aux réunions, mais principalement pour l’organisation de l’étape au Minou.
Et ouais on a eu une superbe première étape dans des conditions de dingue au Gouerou ! Les gars de l’Iroise Surf Club ont hyper bien géré ça, et j’ai vraiment eu des bonnes vagues avec des totaux chaque fois au dessus de 14 (sur 20), et je gagne la final avec 18 en total, donc trop content de cette performance, ça m’a bien motivé pour la suite.
Yann qui score pendant le BBT au Gouerou © Laurent Picat
T’as réussi à prendre un peu de recul sur cette année 2022 ? T’as trouvé des points à travailler ou à améliorer dans ton surf ?
Au classement général du tour mondial je fini 22ème donc j’étais super content car il fallait que je termine dans le top 24 si je voulais rentrer directement dans le main event (en évitant les trials) l’année suivante. Malheureusement entre temps ils ont changé le règlement et il fallait finalement finir dans le top 16, donc c’est un peu la déception de ce côté là.
Sur l’année je retiens vraiment ma perf’ à Arica, c’était historique pour moi, j’avais envie de bien faire là-bas et j’ai réussi à cartonner. J’espère qu’à l’avenir il y aura une compétition à Pipeline ou à Teahupoo car je me suis bien amélioré au niveau de l’engagement, donc je pense que je pourrai me débrouiller
Et dans les points à améliorer, ben après 15 bonnes années de compétition, et bien j’ai toujours de quoi travailler sur la gestion de série à perfectionner, le chrono, la stratégie sur les règles de priorité, quand il faut garder le peak, quand il faut prendre une vague… Et puis il faudrait que je gagne en explosivité, oser taper de grosses manœuvres dans de grosses vagues. J’y arrive en free-surf, mais en compétition je reste un peu trop sur mes acquis en jouant la sécurité avec des gros rollo. Donc faut que je pousse encore le niveau, histoire de mettre des gros backflip, des gros reverse air, des gros invert, pour passer les tours que je n’ai pas réussi à passer cette année.
Je vais aussi travailler ma préparation mentale et physique, travailler sur la concentration et faire un peu de méditation car j’ai un tempérament hyperactif donc ça me ferait beaucoup de bien, histoire de réussir à lâcher les chiens, mais au moment voulu !
La Limite c'est le ciel © The Riders Club
Pour conclure on voulait te poser la question fatidique, à savoir si tu serais de nouveau sur le tour mondial cette année, mais tu nous a couper l’herbe sous le pied avec tes réponses aux questions précédentes !
Et oui, je repars sur le Tour IBC cette année ! En commençant par les étapes en Amérique Latine, avec le Chili et le Brésil, puis les Maldives début août, l’Afrique du Sud fin septembre, le Fronton en octobre… ça fera 7 étapes étapes en tout cette année. Et peut-être une au Maroc également, mais rien n’est confirmé pour le moment. Mais j’ai vraiment à cœur de ramener des bons résultats, de grosses manœuvres dans les compet’, et de belles images…
Ça promet une année bien mouvementée pour moi, entre le tour mondial, l’école de surf à gérer, et mes projets personnels et familiaux. En plus, depuis 2022 je suis également formateur au BP (brevet professionnel : la formation pour devenir prof de surf) où j’interviens sur la pratique du bodyboard. Donc il va falloir bien s’organiser, bien se reposer, histoire d’être en canne toute l’année, et finir dans le top 16 mondial cette fois-ci et tenter de laisser ma trace dans le bodyboard français en 2023 !
Merci beaucoup Yann d’avoir pris le temps de répondre à nos questions, tous nos encouragements pour l’année à venir, et au plaisir de se recroiser à l’eau !
===>>> vous êtes chef d’entreprise, avez lu cette interview, et souhaitez aider financièrement Yann à participer au tour mondial cette année, prenez contact avec lui : yannsalaun29280@gmail.com
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