Rencontre avec Enzo Vildina Kérousien et champion de France junior 2023 !
Décembre 2023 | Texte & interview : Basile Hemidy | Merci aux photographes qui ont contribué à l'article
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Après avoir interviewé Yann Salaun, on s'était dit qu'il était temps de donner de la voix à la nouvelle génération, et cela fait justement quelques années que l'on entend régulièrement résonner le nom d'un jeune kerousien sur les podiums minimes et juniors bretons, Enzo Vildina. Étant fourré à Pont-Labbé pour ses études, on a très rarement l'occasion de se croiser à l'eau par ici, on avait donc pris contact avec lui à la fin de l'été via les réseaux sociaux pour savoir si il voulait bien répondre à nos questions. Répondant favorablement, il ne restait plus qu'à coordonner nos plannings. Et figurez-vous qu'entre temps il a eu la bonne idée de filer au Fronton Pro et de devenir champion de France junior à Biarritz, du pain béni, un véritable alignement de planètes.
C'est donc à son retour des championnats de France, début novembre, après une session hazardeurse à la tombée de la nuit, qu'on se retrouve autour d'un chocolat chaud au Café de la Plage pour une belle heure de discussion afin de revenir sur son parcours de bodyboardeur, et discuter de ce moment clé qu'est le passage de Junior à Open.
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Enzo tout sourire durant La Salie Pro 2023 © Jane Belz
Salut Enzo, avant toutes-choses, félicitations pour ton titre de champion de France Junior ! Raconte-nous, comment ça s’est passé ?
Merci !! Et en plus c’était ma toute dernière compétition en Junior !
Pour t’avouer, juste avant les France on était aux Canaries avec Yann (Salaun), entre le soleil et les bonnes vagues, on hésitait à y rester tellement les conditions étaient graves. Mais on s’est finalement motivés à rejoindre toute la team du Minou Surf Club au dernier moment, pour arriver à Biarritz la veille de nos heats à minuit.
Au Pays-Basque c’était la tempête, les conditions étaient vraiment grosses les jours précédents, même les minimes ont dû charger dans du 2m ! De mon côté j’ai eu un peu de mal à ré-enfiler ma 3/2 alors que j’étais en boardshort la veille haha, mais ça l'a fait! Durant notre trajet depuis les Canaries, Yann et moi on s’est énormément co-motivés pour tout défoncer aux Championnats de France, donc j’étais chaud bouillant. Ce jour-là j'étais en confiance et j’ai bien appréhendé mes séries jusqu’en finale, avec en prime un gros rollo sur la bombe de la journée, notée généreusement 9/10. En finale je me retrouve contre Milot Lotier et Timéo Zaninoto, avec qui on a l'habitude de se tirer la bourre en compétition. Il y avait aussi l’outsider Martin Eribarde qui a fait un très beau parcours en éliminant Merlin Greze-Bies et Titouan Pajot. Mais cette fois-ci, c'est moi qui l’emporte !
Champion de France 2023 ! Sortie de l'eau de la finale à Biarritz © FFS/WeCreative/Arrieta
Revenons aux bases, on te connaît encore très peu, est ce que tu peux te présenter brièvement ?
Je m'appelle Enzo Vildina, je suis né à Quimperlé (29) en janvier 2005 d’un père Guadeloupéen et d’une mère de la pointe de Trévignon (29). J'ai eu 18 ans en début d’année, et je viens d’avoir mon bac STMG (science et technologie du Management et de la gestion) à Pont-Labbé, avec mention svp ! Coté boogie je suis licencié à l’ESB Kloar (29).
Quand et comment as-tu commencé le boogie ? Tu rides avec des potes ?
J’ai toujours suivi mes deux grands frères quand ils faisaient du sport ou tout autres trucs, alors quand il y en a un des deux qui a dit « je vais faire du body » j’ai immédiatement suivi. Je devais avoir 12 ans la première fois, et par hasard j’ai retrouvé des potes du collège qui s’y étaient mis quasiment en même temps.
Au début on était une bonne équipe de copains mais maintenant je suis le plus souvent avec Glenn (Le Quinf) et Thibault (Evin), les acharnés du groupe ! Plus jeunes, quand les prévisions semblaient bonnes, on était du genre à dormir ensemble et à mater des vidéos de boogie jusqu’à pas d’heure pour se chauffer, évidemment le lendemain on se réveillait aux aurores et on prenait un gros flop !
Un beau rollo lors du Breizh Bodyboard Tour 2022 © Colin Le Roy
Et désormais tu surfes où ? Il y a des riders locaux qui t’inspirent ?
Vu que j’étais à Pont-Labbé pour les études, j’ai bien poncé Pors-carn. Mais sinon quand je suis à la maison, on s’adapte selon la houle, on traîne sur les spots entre Névez et Le Pouldu et jusqu’aux reefs de Guidel en gros. Mais maintenant que j’ai le permis et la voiture, j’aimerais bien m’ouvrir sur le reste des spots bretons !
Par ici il y a de super riders, avant vous aviez des gars comme Erwan Genre comme inspiration mais on ne le voit quasiment plus à l’eau, maintenant les jeunes regardent plutôt Emile (Bazile, en surf) ou Baptiste (Le Rouzic). Personnellement je suis impressionné par des gars comme Mich (Kerlir, à Guidel) ou Ketchoup (Camille Moura), qu’on ne voit pas ou peu en compétition et qui peuvent vraiment casser le spot.
Home sweet home © Jeremy Landrein
Voilà quelques temps désormais que tu suis les compétitions avec de belles performances, tu es plutôt compétition ou free surf ? Il y a un podium ou une expérience que tu retiens plus qu’une autre ?
J’ai toujours été très compet’ ! La toute première compétition que j’ai faite, j’étais en 3ème et j’avais 14 ans, c’était sur le Breizh Bodyboard Tour à Penhors. J’avais gagné en minime ! Bon ok on était que trois participants, mais j’étais bien fier avec ma boîte de Pâté Hénaff d’un kilo ! S’en suit dans la même année les championnats du Finistère puis ceux de Bretagne où je finis premier aux deux, et je conclus cette première saison en arrivant aux Championnats de France un peu comme comme un touriste, où finalement je finis 3ème, et c’était contre les frères Zaninotto déjà, dont Louka qui n’avait que 9 ans ! Avec ces résultats-là dès la première année, j’ai très vite pris goût à la compétition.
Mais si je dois retenir un seul podium je crois bien que c’est le dernier, celui des France cette année, vraiment top de conclure mes années en junior comme ça, avec toute la team Bretagne derrière !
En octobre dernier se déroulait aux Canaries la compétition du Fronton King incluant la finale du tour mondial junior pour laquelle tu étais qualifié, tu en rentres tout juste, ça a dû être incroyable comme expérience !
À la base quand j’ai su que je faisais partie des 24 prétendants au titre mondial sélectionnés pour Fronton, je ne savais pas trop si j’allais pouvoir y aller car j’avais prévu de participer à l’étape de La Salie Pro fin août et du Sintra Pro début septembre, et mon salaire de l’été partait dans l’organisation de ces deux déplacements.
La Salie Pro 2023 © Jane Belz
Il se trouve qu’en sortant de l’eau à la compétition de La Salie, j’étais encore en combinaison quand je reçois un coup de fil de Yann (Salaun) qui me dis « Mec, si t’es chaud, tu viens à Fronton avec moi. On a réservé notre logement avec Ethan etc, et il reste une place, donc ramène toi ». Comment refuser ?
Malheureusement juste après La Salie, je suis tombé bien malade alors que ça enchainait rapidement sur Sintra, en plus je me suis tapé 17h de route jusqu'au Portugal, donc je suis arrivé complètement K.O sur le contest, j’ai fait ce que j’ai pu en passant quelques tours mais sans atteindre l’objectif des quarts que je m’étais fixé.
Puis vient Fronton début octobre, on est partis à trois avec Yann et le vendéen Ghislain Vaginay et on a rejoint une grosse colocation sur place à Gran Canaria avec Ethan et Nico Capdevile, Xomin Lopez, Léo Jourdain... J’ai halluciné d’être avec eux, ce sont des gars qui fracassent, avec un pur style ! Et puis le truc cool c’est que dans l’appart’ il y avait Léo (Jourdain-Desprez) qui participait à la compétition en open, il habite Biarritz maintenant mais il est du Kérou à la base ! On se connait depuis tout petit, c’est notamment lui qui m’avait poussé à aller au Pôle Espoir Bretagne. C’était trop fou de se retrouver par hasard à deux kérousiens sur l’étape de Fronton.
C’était comment de surfer cette vague ? Et tu as fait quel résultat sur le contest ?
Avant de partir mon pote Maël avait regardé les prévisions et m’avait dit « il y a une houle de 3m qui arrive là-bas » alors qu’au même moment j’étais en train de faire des roulades dans 50 cm au Kérou. Autant te dire que j’étais assez anxieux et j’avais du mal à dormir à l’idée de devoir affronter Fronton à 3m.
Mais en arrivant en avance sur place, on a pu profiter de quelques jours de surf sur le spot, il y avait 1m avec des petits bowls de partout, c’était parfait pour prendre ses marques ! Et finalement ils n’ont pas lancé les Juniors dans plus d’1m5/2m, donc j’ai jamais eu vraiment peur dans l’eau.
Sur le contest j’ai passé plusieurs séries mais je me suis malheureusement arrêté aux portes des 8ème, j’étais dégouté. Au round 6 (non éliminatoire), déjà, le casque (obligatoire) m’a gêné, je n’étais pas habitué à en porter un et je n’entendais rien, j’ai cru entendre le speaker dire qu’il me fallait un 6,40, donc j’ai pris des risques avec une grosse manœuvre que je n’ai pas replaqué. En fait il me fallait un 3,80 et un bon rollo aurait suffit. En plus, en plein milieu de ce roll-spin, je me suis souvenu des conseils de Ghislain et Yann « tu lances trop avec les bras, envoie la manœuvre avec les hanches », donc j’ai vraiment fait une grosse merguez.
Enfin sur le tout dernier heat, je ne pouvais m’en prendre qu’à moi même, je suis passé complètement à côté, je ne sais pas ce qu’il s’est passé. Je stressais, j’étais super angoissé, hyper hésitant, et j’ai fait plein d’erreurs. C’était la première fois que ça me faisait ça en compétition, j’avais la rage en sortant de l’eau.
Enzo (lunettes-casquette sur la gauche) et tout le French Boogie Crew durant le Fronton Pro 2023 © Cedric Greze
D’un petit contest à Penhors en 2019 à la finale du tour mondial junior à Fronton en 2023, il y a une sacrée évolution, tu as du monde pour te coacher durant ces quatres années ?
Quand j’ai commencé en 5ème, j’étais encadré par Stéphane Ibarboure de la Section Surf du collège de Kerbertrand (Quimperlé, 29). Mais c’était SURF sauf que je m’étais déjà mis au body à coté, et je ne voulais faire que du body, même quand c’était petit. J’étais têtu jusqu’à m’engueuler avec lui !
L’année suivante, le Pôle Espoir Bodyboard s’est monté à l’ESB du Kérou, et c’est Victor Le Goff qui m’a encadré. Avec lui on a beaucoup bougé, et c’est Victor qui m’a poussé à faire ma première compétition.
Ensuite en seconde j’ai pu intégré le CLE de La Torche (Centre Labellisé d'Entrainement) puis le Pôle Espoir Bretagne, où l’emploi du temps des cours est aménagé pour surfer au maximum. Malheureusement en arrivant là-bas, j’ai appris qu’il n’y avait plus d’entraineur bodyboard… Donc j’étais entrainé par des surfeurs, notamment Béranger Fontaine. Je suis un peu amer car techniquement je n’ai pas pu avancer, mais ils m’ont apporté d’autres choses, une autre vision. Par exemple, tous les lundi j’avais des entraînements physiques (muscu, tonicité, cardio…), et ça, ça fait vraiment la différence. Et scolairement par contre les années à Pont-Labbé ont été un vrai déclic, j’étais chaotique au collège, et là au lycée j’ai eu la chance d’être dans un cadre sain à travers un petit groupe très soudé. Pour te dire, au premier trimestre de seconde j’étais dernier de la classe, au dernier trimestre de première j’étais premier de la classe !
Après plus ponctuellement, sur ces dernières compétitions par exemple, Ghislan Vaginay et Yann Salaun m’ont énormément coaché et beaucoup aidé. Ghislain a eu des mots importants pour moi, il a changé ma perception du body. Il m’a sorti un truc assez cash du genre « t’as oublié ce que c’était le bodyboard, pense à tes lignes avant de penser à ta manoeuvre”. Ça m’a ouvert les yeux, j’étais tellement compét’ que j’avais oublié cela. Yann m’a un peu pris sous son aile pendant ce trip Biarritz/Fronton et m’a apporté beaucoup de choses, c’est vraiment une personne qui a un grand coeur je trouve.
À Fronton je me suis aussi retrouvé à avoir des conseils de Lionel Medina, le truc de dingue ! J’étais comme un gosse, même si je comprenais pas tout vu que je suis nul en espagnol, mais c’était incroyable.
Et encore un beau rollo durant les championnats de France 2023 © FFS/WeCreative
D’ailleurs tu arrives à t’en sortir comment pour financer tes déplacements ?
Je fais un boulot de secrétariat à l’ESB Kloar l’été qui me permet de financer une partie de mes déplacements, et si besoin ma mère m’aide ponctuellement. Cette année Erwan (Genre - le directeur de l’ESB Kloar), m’a aussi filé une grosse aide matérielle. Mais c’est vrai qu’ici je suis le seul à suivre les compétitions, les déplacements sont donc compliqué. Heureusement l’Iroise Surf Club et le Minou m’ont filé un bon coup de pouce lorsqu’ils descendaient plus au sud.
Après 2023 était une année particulière avec beaucoup de déplacements importants et mon boulot ne m’a pas suffit, j’ai donc mis en place une cagnotte durant l’été afin de financer la fin de saison. Ça a bien fonctionné et m’a permis de récolter les 2000€ dont j’avais besoin, aussi bien de la part de la mairie de Kloar, que des entreprises locales (West Boat Location, Camping Les Embruns…), et évidemment les potes ! Alors un grand merci à tout ceux qui m’ont aidé cette année !
Et paf, l'inv' ! © Colin Le Roy
Fin des juniors, fin du lycée, tu es à un moment charnière de ta vie, tu appréhendes comment la suite ?
Coté école, cette année je pars en BP JEPS Surf, c’est une formation de 10 mois pour devenir prof de surf. Les sélections sont demain et j’ai postulé à Quiberon et au CREPS de Bordeaux, j’hésite encore entre les deux*. Bordeaux/hossegor c’est attirant pour les vagues, mais à Quiberon j’aurais les potes, la famille pas loin, ma copine qui reste faire ses études à Lorient, donc un tas d’arguments qui me chauffent à rester en Bretagne. Ce qui est bien dans tous les cas avec cette formation c’est qu’il prenne en compte le fait que je fais des compétitions donc je vais pouvoir continuer à suivre les contests. (*Entre temps, Enzo a été pris à sa formation, et a fait le choix de Quiberon.)
Après coté body, j’avais une seule hâte c’était de passer en open pour changer de concurrents. Mais je suis conscient qu’il y a un énorme fossé entre junior et open, et que je ne vais pas être au niveau de suite, rien qu’en Bretagne le level tartine de ouf ! Le but ça va être de ne pas se démotiver, me mettre un peu moins de pression sur les compétitions, en me concentrant sur d’autres aspects, comme le renforcement physique. Ça sera aussi le moment de m'améliorer dans mon surf, mais déjà en bon kerousien je n’aime que les gauches, donc va clairement falloir que je me mette à prendre des droites ! Et puis qui sait ça sera peut-être l’occasion de faire quelques trip, je rêve de surfer El Quemao, et puis j’aimerai bien aller au Portugal, et évidemment en Australie. Mais chaque chose en son temps, en tout cas à l’avenir je compte bien retourner sur les épreuves du World Tour !
Petit souvenir d'un free surf aux Canaries © Javier Henriquez Cutillas
Merci Enzo pour toutes ces réponses, on te souhaite que du positif pour la suite, et au plaisir de se recroiser à l’eau !
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Décembre 2023 | Texte & interview : Basile Hemidy | Merci aux photographes qui ont contribué à l'article
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