La dernière danse Retour sur la neuvième et dernière édition d'Annaëlle Challenge
Texte par Basile H. | Photos © Jeremy Landrein, Basile Hemidy | Publié en décembre 2025
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Nous avions bien eu vent des rumeurs, voire même en aperçu quelques images, mais à vrai dire nous nous sommes rendu compte de son vrai visage que lors de la parution d’une publicité Kanabeach en dernière de couverture d’un Bodyboard Mag courant des années 2000 sur laquelle nous sommes tous restés bouche bée. Un monstre celte, brutal, aussi large que haut, épais et effrayant, qu’Erwan Genre tente d’apprivoiser : Annaëlle. C’était elle, les légendes disaient vrai, elle existait et était à la hauteur de sa réputation. Il nous arrivait bien de rêver d’Australie, d’Hawaii, ou d’indonésie, mais une vague comme ça, à la maison ?! Une nouvelle référence pour les tous jeunes bodyboardeurs bretons que nous étions, notre The Box à nous.
Six heures du matin, une vingtaine d'années plus tard, nous voilà au milieu d’une foule étrange et bavarde agglutinée sur un estran couvert d’algues du nord-finistère. Dans l’obscurité, seules les voix et l’éclat des frontales nous permettent petit à petit d’identifier les autres participant·es à ce curieux ballet nuptial. À l'orée de ce jour étonnamment tiède de novembre, la cîme des arbres derrière nous danse déjà. 35 nœuds d'annoncés, il ne se sont pas trompés. “Soyez à l’heure et en combinaison, au vu des prévisions ça devrait secouer, et on ne pourra pas accoster directement sur l’île”.
Nous n’étions pas à notre premier coup d’essai sur le caillou, le menton de Jeremy (Landrein) s’en souvient encore. Mais cette fois c’était spécial, nous n’y allions pas pour du free-surf, mais bien pour assister à Annaëlle Challenge, dont la première, toujours organisée par Gwen Renambot remonte à 2009. Ce minuscule bout de terre aura vu s'affronter une short-list de légendes internationales contre des locaux aux couteaux acérés, le tout dans des conditions toujours musclées. Un format inhabituel et excitant originellement construit avec peu, mais qui, grâce à une équipe organisatrice acharnée, des partenaires fidèles, et une communauté de riders enjouée par l’aventure proposée, aura rapidement évolué au point d’intégrer les “Special Events” du tour mondial IBC.
Retour à la réalité. Ralenties par les conditions dantesques et l’avarie moteur d’une des navettes, on grelotte et on prend notre mal en patience dans le semi-rigide. Le vent forcissant et la marée montant inlassablement dans la baie, bien que protégée, le clapot et les embruns se font de plus en plus prégnants. Dans la nuit encore noire, nous commençons à nous faire sévèrement balloter, mais notre capitaine est serein et connaît les lieux comme sa poche. Erwan Genre, encore lui, mandaté en tant que juge cette fois, est également à nos côtés. Fidèle à lui-même, il à la gouaille communicative, pas peu fier de sa toute nouvelle frontale Leroy Merlin, surpuissante à faire pâlir un gardien de phare. Cette bonne humeur à bord ne suffira malheureusement pas à rassurer l’un des passagers qui, inquiet par la situation quelque peu hostile, demandera à retourner sur le continent.
Il est 8h, ça y est le jour se lève progressivement. Après avoir débarqué le matériel avec de l’eau jusqu’aux épaules, tout en tentant de trouver de l’équilibre sur les amas de rochers glissants, nous mettons enfin les pieds sur l’îlot. Il nous aura fallu plus d’une heure pour rejoindre l’estran à Rocervo pourtant distant d’à peine un demi miles nautique.
Quelques mètres de marche sur cette île chauve et sauvage, nous permet d’apercevoir la fourmilière qui s’active. Les tonnelles installées la veille sont mises à mal par le vent qui souffle constamment depuis plus de 24 heures. Mise à part les vestiges d’un minuscule muret, ici, aucun moyen de s’abriter des éléments. En un clin d'œil, la structure d’une des tentes éclate littéralement. Le vent est fort, très fort. Quelques instants plus tard, au milieu des moutons tempétueux du large, et dans les teintes encore rosées de l’aurore, un long et massif set ralenti par le vent de terre se dessine, arrêtant tout activité en cours sur Rocervo. Dans un impressionnant nuage d’écumes, l’épaisse lèvre se forme et éclate violemment sur la dalle, nous offrant droite et gauche mutantes sur un peak encore vierge. La Sainte. Toute la meute de bodyboardeurs·euses affamé·es présent·es sur l’île hurle à la mort à la vue de cette brebis immaculée.
En ce tout début de matinée du mardi 11 novembre, perdu sur un minuscule bout de terre celte au large du Finistère nord, l’incroyable Annaëlle Challenge est fin prêt à être lancé dans des vagues à la hauteur de l’évènement. Mais voilà, toutes les bonnes choses ayant une fin, et comme ils l’avaient précédemment annoncé, après 16 ans d’existence, cette neuvième édition sera la dernière. L’ultime, la der’ des der’, the last dance, d’un évènement core qui aura marqué toute une génération de riders bretons, français, et internationaux, par sa vague certes - bien que rarement parfaite, mais toujours technique et engagée - mais surtout par une identité finistérienne forte, où la vibe et le frisson de l’aventure supplantait la quête du trophée. Kenavo et bon vent Annaëlle Challenge ! Le roi est mort, vive le roi.
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Texte par Basile H. | Photos © Jeremy Landrein, Basile Hemidy | Publié en décembre 2025
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