La belle vie Une journée en Nouvelle Zélande
Texte & photos par Gaëtan Duque | Introduction par Basile Hemidy | Octobre 2016
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Si mes souvenirs sont bons, j'avais fais la connaissance de Gaetan il y a quelques années sur le parking de la Chaumière à Bénodet. On s'est retrouvé sans se connaitre dans la même bagnole pourrie à faire des tour du parking à bloc, rythmés par des coups de frein à main à chaque fin de ligne droite. Il était 01h00 du mat, on était 5 écervelés, tous bourrés et ça parlait cul. Le niveau d'intelligence de cette rencontre fortuite m'avait fais remarqué que nous avions peut être plus de choses en commun que je ne l'imaginais. En tout cas un certain rapport d'amour avec le n'importe quoi. Ces gars vivaient à fond.
Il se trouve que quelques temps après, à travers ma timeline Facebook, j'avais pu découvrir que Gaetan s'était sérieusement mis à la photo, notamment via WithBigBoobs, le blog de leur premier long voyage en Australie, ça scorait vénère, et les images suivaient largement. Nous avions donc décidé d'en parlé avec Forward.
Le temps passe, les canettes se vident, la routourne tourne, et petit à petit Gaetan laisse tomber la perfection du numérique pour la douceur et la profondeur de l'argentique. À travers les contres jours, flares, et ciels couleurs pastels de ses photos, on se demande toujours si Gaetan ne serait pas sur terre uniquement pour les aurores et crépuscules qui rythme son quotidien. Toujours est il que l'esthétique d'été sans fin qu'il propose nous fait oublié de temps à autres le ciel bas et gris au dessus de nos tête.
C'est quand il sorti une série de photos du Shark Island Challenge 2016 (dans des conditions mémorables) prise en aqua à l'appareil photo jetable (cf. quelques photos plus bas) que l'on s'est dit qu'il fallait absolument qu'on refasse un truc ensemble, et c'est donc chose faite.
Vous pouvez suivre les aventures et photos de Gaëtan Duque sur instagram : @gaetanduque
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NB : Toutes les photos qui suivent ne sont pas forcément en rapport direct avec la journée décrite par Gaetan, mais font bien partie de son trip en Australie et Nouvelle Zélande.
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Quand Basile m'a contacté pour que je fasse un article sur notre voyage en Australie et en Nouvelle-Zélande, je me suis dit que ça allait être simple comme j'avais déjà bûché sur plusieurs textes là-bas et que j'avais plein de machins à raconter. Sauf qu'en fait, j'ai beaucoup trop de choses à raconter...
Le plan c'était de partir 6 mois et de documenter notre voyage avec seulement des objectifs 35mm. Un numérique, et deux argentiques, dont un aquatique. Plus quelques jetables par ci par là. Autant dire que pour la photo de surf ça oblige à se rapprocher de son sujet. Et puis surtout on voulait voir du pays, user nos pneus et nos semelles sur les routes, vivre à cent à l'heure. Le pied quoi !
Et pour voir du pays, on en a vu ! Alors après avoir tenté vingt approches différentes pour raconter ce qu'on a vécu, j'ai décidé de me concentrer sur une seule journée qu'on a passé en Nouvelle-Zélande.
Faut s'imaginer qu'on vient de retrouver nos potes Tristan et Romain qui sont déjà là depuis quelques mois. Ces deux cinglés bossent comme prof de surf dans un petit bled près d'Auckland où ils gagnent des clous et dépensent tout ce qu'ils ont dans des bières pas bonnes et qui coûtent un œil. Ils garent leur bagnole dans le jardin du patron et dorment dedans la nuit. La belle vie.
On a prévu de se faire le nord de l'île du nord ensemble, une virée de 2 ou 3 jours pour voir du pays et surfer. Alors on abandonne notre minable voiture de location et on s'entasse à 4 dans la leur, 2 à l'avant, et 2 allongés sur le matelas à l'arrière avec toutes les planches, les cannes à pêche, les bières, et en route !
La Nouvelle-Zélande c'est méga beau, où que tu regardes, à droite, à gauche, devant ou derrière toi, tu en prends plein les yeux. Mais pour rouler, c'est l'enfer. Vu du ciel les routes doivent ressembler à des nouilles chinoises dans un bol tellement elles sont sinueuses. C'est l'horreur, tu mets des heures à rallier 2 points qui sont à 20 kilomètres à vol d'oiseau. Enfin bref, après avoir roulé toute la journée puis passé la plus mauvaise nuit de ma vie puisqu'on s'est entassés à 4 à l'arrière et que quelqu'un a chanté le Connemara juste avant de dormir et qu'il faisait 45 degrés, et qu'il y avait des moustiques et que Tristan ronfle, on se réveille à Ahipara.
L'endroit est bien connu pour sa vague "la plus longue de Nouvelle-Zélande". Dès 6h du mat les vans et 4x4 déboulent sur la plage qu'ils longent jusqu'au bout puis roulent directement sur la pointe rocheuse sur laquelle déferle la vague. Plus d'une borne et demi en tout pour remonter au peak.
Le soleil se lève tout juste derrière les montagnes et inonde la plage de reflets dorés. On est arrivés de nuit la veille et je ne m'étais pas vraiment rendu compte du paysage. C'est taré. On aperçoit les silhouettes des 4x4 percer la brume épaisse et s'en aller en cahotant doucement sur la pointe jusqu'à disparaître à nouveau. On ne voit même pas le début de la vague tellement c'est loin. On se promet d'aller explorer ça à pied dans la journée. Mais d'abord on se jette à l'eau prendre quelques rouleaux. L'eau est bonne. Les vagues sont bonnes. Romain casse sa planche. On est heureux.
On rentre au camp boire un café dégueu tous ensemble et préparer nos affaires. Cannes à pêche, canettes et bonne humeur. Tout est prêt.
On se met en marche. Tristan et Romain déblatèrent éternellement des conneries et se balancent des bouts de bois et objets en tout genre dessus. Ils sont géniaux !
"Ouais les gars j'ai les cheveux trop long vous me les couperez ?" demande Tristan.
"Ouais t'inquiète j'ai une amie de ma mère qui est coiffeuse, du coup je sais faire"
"Si tu me rates j'te pète la gueule gros con"
Et ça continue sur ce ton pendant tout le chemin. Parfois je me demande comment ils ont fait pour ne pas mourir au bout de leur première semaine de trip tellement ils sont cons. Et à l'époque je savais pas que Tristan allait être rapatrié en urgence après s'être flingué la jambe quelques semaines plus tard.
On progresse tranquillement sur la piste peu à peu recouverte par la marée. Les falaises tapissées de mousse, de roseaux et de conifères à notre gauche et la mer à notre droite. On continue comme ça jusqu'à arriver en bas d'une immense dune de sable blanc qu'on entreprend de grimper. Il fait au moins 60 degrés et la pente est à au moins 60 degrés elle aussi. Je regarde pas le tour de France mais là c'est au moins un col de catégorie 4. Le sable est super fin, nos pieds brûlent et s'enfoncent jusqu'aux genoux... C'est hyper haut mais une fois qu'on arrive tant bien que mal au sommet, c'est tellement beau qu'on en oublie d'être fatigué...
On a la mer devant nous et un océan de sable derrière. Pas une âme en vue. Par endroits des arbres morts trônent au dessus de ces montagnes de poussière. J'ai jamais rien vu d'aussi beau... On se croirait dans Mad Max Fury Road.
Une fine pellicule d'eau recouvre la plage en contrebas et le ciel s'y reflète comme dans un miroir. Le soleil nous fait tourner la tête et les rafales de vent et de sable nous fouettent le dos. On reste planté là un moment sans rien dire, ivres de joie, les yeux remplis d'étoiles, regardant devant nous les nuages danser et au loin les derniers escarpements de le côte au nord.
Je sors mon appareil et prends quelques photos. Putain c'est beau !
Et puis là, on se met à avoir soif et chaud, alors on dévale en 10 secondes la pente qu'il nous a fallu 30 minutes à monter, on se jette à l'eau et on s'ouvre une bonne canette de bière chaude. Le rêve ! On se trouve un rocher qui nous semble adapté et on lance nos lignes. On met les binouzes à tremper dans une flaque et on attend les pieds dans l'eau. On a beau boire autant de bières qu'on veut ça ne mord pas, c'est à n'y rien comprendre... On reste là, à se fendre la poire et à parler de tout et de rien jusqu'à ce que le soleil décline. Romain nous raconte comment une fois il s'est fait péter la gueule par sa meuf, et qu'elle lui a brûlé le front en lui faisant une "savonnette". Agathe nous explique sa technique pour faire des 3-6 dans la mousse avec la main. Et Tristan nous bassine pour qu'on lui fasse la boule à zéro "comme ça les mecs à l'eau je leur fous les jetons et du coup je prends plus de vagues". Alors on rentre à petits pas à la voiture pendant que le ciel et la mer s'embrasent une dernière fois avant de s'éteindre jusqu'à demain. Les vagues brûlent la surface de l'eau. Tout devient pastel et si calme.
On sort le matos de coiffure et romain réussi à rater la boule à zéro de Tristan et à me faire une coupe au bol. On retourne une dernière fois à l'eau même si les vagues sont nazes maintenant. On s'en fout, ça fait du bien. On a le sourire jusqu'aux oreilles et le coucher de soleil est encore plus beau vu de dans l'eau !
Ensuite, armés de nos têtes de crétins, on remballe nos affaires et on reprend la route, toujours aussi sinueuse et pas goudronnée. On joue à celui qui voit le plus d'opossums écrasés sur la route. Je gagne haut la main vu que les autres sont endormis et que je joue tout seul. Le GPS capte rien et on a pas de carte. Pas grave. Je continue à foncer à 30 à l'heure vers l'inconnu, impatient comme jamais de savoir ce que demain nous réserve !
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Plus de photos de son voyage :
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