Rencontre avec Chinook Richard Du kérou, au bout du monde.
Novembre 2013 | Texte & interview : Basile Hemidy | Merci aux photographes qui ont contribué à l'article
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Il existe des personnes qui parcourent sans cesse le globe à la recherche constante de la Pura Vida, de l'endless summer. Les vagues, le soleil, les rencontres, l'aventure bien loin du confort de la maison familiale, et ils ne vivent que pour ça.
Dans notre coin reculé du sud Finistère, au Kérou, quelques uns se sont lancés dans ce mode de vie pour quelques années, mais qui sait, ce pourrait être pour la vie. On a décidé de s'y intéresser. Si des gens ont des choses à raconter c'est bien eux.
Traîné par Erwan Genre un peu partout en Bretagne et en France aussi bien pour les contests que pour les free sessions, Chinook fut notamment l'un des premiers kids à charger Annaëlle lors de grosses conditions il y a une petite dizaine d'années ! Oui, le type a des balls !
Puis voilà que la majorité passée et perdu dans le système scolaire, il a tout plaqué et s'est décidé à partir pour l'autre bout de la terre, avec tout ce que ça comporte. Bonheurs... et galères !
Il a pris son temps pour répondre à nos questions, et ça défonce. Le tout accompagné de belles images d'un peu partout.
L'interview a été réalisée durant le printemps 2013. Oui, on a mis un peu de temps à s'en occuper !
Bonne lecture
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Yo Chinook ! What's up ?! T'es où là ? Et tu as fait quoi cet hiver ?
Ça va tranquille l’ami, je vis à Capbreton ; je suis descendu chercher la douceur du barrel landais pour la saison.
Cet hiver après un été en Bretagne, l’envie de soleil, de chaleur, de vie plus simple, de nouvelles rencontres et surtout l’envie de vagues parfaites a encore été plus forte que tout. Je suis donc parti aux Philippines avec Benji rejoindre l’équipe « tour du monde », composée de Mick, Fwed et Pono, pour y passer un mois, avec un billet aller simple en poche et la certitude de finir à un moment ou à un autre au Mexique. Mais le reste, au feeling !
Ce fût l'un des hivers les plus épisodiques de ma vie... Je me suis réellement baladé sur le globe de pays en pays, en achetant à plusieurs reprises des billets d’avion au guichet pour le jour même. Je suivais mes envies, je restais ouvert à toute proposition, je débarquais là où étaient des potes sans prévenir… J’étais incapable de faire des plans et de m’y tenir, ça c’est un peu comme d’hab mais là c’était pire…
J’ai quitté la bande de loups aux Philippines, pour partir en solitaire rejoindre la Californie et ses vertus pharmaceutiques, partant d'un petit coin de paradis perdu dans le Pacifique pour me retrouver dans l'une des plus grosses villes du monde, où la société de consommation est à son summum. Décalage de monde, décalage de vie. Il y faisait froid, mais l’accès à la malbouffe, à la viande rouge, à la médecine moderne, aux rencontres atypiques et aux bons sons des soirées hollywoodiennes m’a bien refait ! Après avoir pu voir des dauphins lors d'un coucher de soleil à Santa Monica avec ma petite sœur, le froid et le manque de vagues m’ont rapidement fait décoller pour me ressourcer à Puerto Escondido Paradise ! Proximité, simplicité, vagues parfaites quasi tous les jours, potes, soirées et soleil... J’y ai retrouvé Dyjor, et mes petites habitudes pour les fêtes de fin d’année, autant dire qu’on était bien les pieds dans l’eau !
Je n’y suis pas resté aussi longtemps qu’à mon habitude, car j’ai rejoint le fameux Yo Meulet pour un projet en commun quelque part plus au nord du Mexique. Comme à chaque fois ensemble, nous ne sommes pas passé inaperçus, nous avons fait encore plein de belles rencontres, et presque mené à terme un projet... Il ne reste plus qu’à être sûr de vouloir se lancer ! Après tout ça, il fallait bien rentrer pour renflouer les caisses… J’ai donc trouvé un billet simple au départ du Mexique qui n’était pas trop onéreux. Pas évident, mais la vie est parfois si bien faite que j’ai été contraint de passer par New York City. J’y ai donc fêté l’anniversaire d’une amie qui y réside, Maloo. Un week-end inoubliable dans la fameuse ville qui ne dort jamais. Je suis, après un ti détour à l’aéroport de Moscou, en train de prolonger ma vie dans mon pays de naissance. J’ai vadrouillé en Bretagne, dans les Alpes, et aujourd’hui me voici toujours sur la côte Ouest, près de l’océan, et à quelques minutes de la Gravière et du café de la gare ! Tchouii
Et l'été 2013 s'annonce comment ?
Boogie, Sex and Rock&Roll !
Plus sérieusement, cet été, après avoir travaillé 5 ans chez moi au Kérou pour Waner à l’ESB Kloar, j’ai décidé de descendre dans le Sud-Ouest. Nouvelle région, nouvelle aventure. Je bosse pour Aloha Surf School à Seignosse, la saison est partie tranquille. La vie est belle : beaucoup de personnes retrouvées ou rencontrées et la case est devenue un lieu de passage pour beaucoup de potes !
Je vais profiter d’être ici pour surfer un maximum et continuer à progresser, pour repartir ensuite au taquet affronter les monstres marins d’autres océans.
D'ailleurs, je remercie MILK de me permettre de rider des planches de qualité, adaptées aux vagues et aux climats des pays dans lesquels je suis.
En ce moment je glisse grâce à une AIRFLEX Core, double stringers, une tuerie ! Vitesse, réactivité, relance et contrôle… What else ?! héhé
On va revenir à la base… Tu as commencé en étant le padawan de One-r (Erwan Genre), il t'a trimballé en contest et sur les gros spots !
Si je suis le poulain, ça fait de Waner un étalon ?! héhé. En tout cas, c’est vrai que je lui dois beaucoup et j’en suis conscient ! Il m’emmenait régulièrement surfer avec lui dans le Sud-Ouest ou les vagues bretonnes que lui-même recherchait, cela m’a permis assez vite de me retrouver dans des conditions assez extrêmes, qui à mon avis sont adaptées à la pratique du bodyboard. Les spots qui m’ont fait découvrir et aimer ce genre de vagues sont forcément quelques bons reefs de chez moi (Finistère sud) comme les Kaolins ou d'autres plus secrets. Mais la vague la plus intense de par sa localisation et sa puissance reste Annaëlle. J’y ai suivi son développement médiatique grâce à Ronus qui immortalisait les riders qui repoussaient leurs limites sur cette vague session après session.
Dès que les prévisions annonçaient un jour qui risquait d’être énorme (toujours plus) des riders tel que Mamaz, Meul, Tyben, Tintin et Waner (à cette époque on ridait encore avec des boards qui étaient comparables à des portes) s'y ruaient pour trouver cette montée d’adrénaline que donnait chaque vague prise sur ce caillou. Et dès qu’on me proposait d’être de la partie, je me précipitais, même si je devais sécher pour y être ! C’est vraiment une période que j’ai apprécié, il y avait une cohésion de groupe au pic et à l’extérieur, je voyais les meilleurs bodyboardeurs bretons charger une vague du pays des plus impressionnantes, et ils me poussaient chaque fois un peu plus ! C’est à partir de cette période que j’ai su pourquoi j’aimais ce sport et vers où je voulais aller avec lui. Le contest que Pablo organise sur cette vague est pour moi le meilleur contest de France, c’est vraiment ce que j’aurais aimé trouver à l’époque où je faisais encore des compétitions et j'aimerais vraiment pouvoir y participer.
Les compètes m’ont énormément apporté du point de vue technique et stratégique mais aussi du point de vue humain. Dès ma première année, je me suis retrouvé au championnat de France ; je débarquais tout juste, sans jamais avoir suivi un cours ou un entraînement de surf. J’étais déjà très fier d’être arrivé jusque-là, mais je manquais de confiance en moi.
Contrairement au charging, où là j’étais plus que bien accompagné et guidé, en compète c’était l’arrache ! Au début on était un petit groupe du Kérou à suivre les compétitions, on s’organisait comme on pouvait, les parents nous déposaient le samedi matin et d’autres nous récupéraient le dimanche soir. Et entre-temps, c’était freestyle. On dormait dans nos house de bug sur les dunes à veiller jusqu’à pas d’heure sans aucun encadrement. Pas vraiment sérieux, contrairement aux autres sports que je pratiquais... Mais l’ambiance me plaisait, on rencontrait plein de monde à avoir la même passion et avec qui on pouvait s’arranger, aller triper chez eux pour découvrir et surfer leur vagues et vice versa.
Un autre point positif des compétitions, c’est la progression technique qu’elle t’apporte. Elle donne l’envie de se dépasser et de vouloir reproduire ce que font les meilleurs dans les mêmes conditions. Tu retournes chez toi avec plein de choses en tête et une motivation plus grande pour continuer à surfer le plus possible dans tout type de conditions météorologiques.
J’ai eu la chance d’être assez libre très vite, et donc de pouvoir voyager pour surfer des vagues de qualité. D’où coup, j’ai vite fait mon choix entre les deux.
Pourquoi avoir arrêté les compétitions Chinook ?
J’ai tout stoppé à 18 ans, l’année où j’ai décidé de partir à la découverte du monde et de ses vagues. Je suis absent généralement tout l’hiver pour surfer à poil des vagues parfaites dans des pays où le coût de la vie me permet de travailler moins pour surfer plus. Durant la saison estivale je travaille en tant que prof de surf, et les cours de centre de perfectionnement (d’avril à octobre) ont lieu le week-end... Tout comme les contests. Ce fût donc plus une obligation qu’un choix… Et la vérité, aucun regret ! Sauf le fait que je rate l’occasion de revoir plus souvent certains gars, mais c’est la vie mon ami.
Pour toi aussi les études ça a été un peu le bordel nan ? Tu t'es donc tourné vers tes premiers voyages.
Après le bac, saison d’été, puis essai en fac de sport à l’UBO de Brest. Je me voyais perdre du temps et gaspiller de l’argent. J’ai donc décidé de tout arrêter pour partir en Australie pendant 3 mois avec mes économies, de mars à mai à Margaret Rivers.
Mi-janvier 2007, je suis rentré dans une agence de voyage en compagnie des frangins Genre qui eux voulaient partir un mois à Hawaï en février. J’en suis ressorti avec un billet tour du monde en poche avec un départ 10 jours plus tard pour Hawaï et un retour en juin en provenance de Bali. Le tout pour 300 euros de plus. Pas le temps de dire ouf, juste de recevoir le passeport et zaoww !!
C’était mon premier voyage hors de l’Europe, et pour ma première destination, nous étions une sacrée équipe de bodyboardeurs. Ce fût un voyage « facile » ; je me suis reposé sur les copains vis-à-vis du logement, de l’organisation et de l’anglais. Par contre côté surf, ce fût l’un des endroits les plus difficiles… Que ce soit le monde dans l’eau, entre les pros, les locaux, les tensions qu’il peut y avoir au pic, les vagues difficiles, puissantes et dangereuses... Mais cela m’a permis par la suite de me sentir plus à l’aise sur tous les autres spots du monde.
Après un mois sur le North Shore à avoir surfé les mythiques vagues Pipeline, OTW et Waimea, nagé avec les tortues, rodé la montagne avec un groupe de blackshorts en motocross, vu Capleton et Lauryn Hill en concert et parié 50 dollars que 1000 pompes en 24h était réalisable, je quittais les compères pour la West Coast australienne…
Je débarquais pour la première fois seul à l’autre bout du monde. La première difficulté a été la barrière de la langue, mais en étant seul, je n’avais pas le choix… Ce fut sûrement ce qui m’a sauvé de mon niveau d’anglais pitoyable ! Tout se déroulait bien, je faisais les bonnes rencontres au bon moment… Le karma était présent ! J’avais un budget très restreint qui me permettait de me nourrir et de surfer… J’ai appris à me débrouiller et à ne vivre de rien. Je faisais le ménage une heure ou deux par jour dans les backpackers pour y loger gratuitement. Tous les jours je surfais des vagues incroyables, la fameuse vague du Box, Boudgi up, Cobblestone ! Une fois par semaine je quittais la côte en stop pour rejoindre Margaret Rivers faire les courses. 50 dolls par semaine en moyenne, cela correspondait à 35 euros. Régime à base de noodle et de riz, c'était tout un équilibre à trouver… L’abondance de l’un et le caca était mou, alors que l’abondance de l’autre et tu frôlais la constipation haha !
Pour la fin de mon visa touriste, je me suis dirigé là où le coucher de soleil était le matin... bizarre ! Encore des rencontres, beaucoup de galère, mais des vagues qui te font oublier tous les manques que tu peux ressentir… J’ai eu la chance de surfer la fameuse Shark Island en compagnie de talentueux riders tel qu’Andrew Lester, Pierre Louis et Shaun Pyne. J’ai rodé jusqu’à Melbourne en évitant nos amis les requins avant de décoller pour l’Indo, son eau chaude et son niveau de vie que j’attendais avec impatience !
Encore une fois là-bas, la gentillesse et la confiance que me portaient les gens m’ont permis de me concentrer sur la vague que je désirais plus que tout : Padang Padang.
1€ par repas et des barrels, voilà de quoi je me suis gavé pendant un mois avant de retrouver mon pays, mon petit confort, les copains et notre si bonne bouffe !
Que t'as permis ce premier voyage ? Qu'est ce qui t'as poussé a repartir ?
Ce voyage m’a permis d’apprendre l’anglais, de progresser en droite, de surfer plein de vagues dont je rêvais et que j’ai découvertes, de rencontrer énormément de personnes que j’aimerais tant revoir et remercier aujourd’hui, de vivre des expériences plus ou moins agréables, de découvrir d’autres parties de cette planète, ces climats, végétations et animaux différents. Et de me rendre compte un peu mieux du fonctionnement de chacun et du monde...
J’ai quitté les bancs de l’école, pour rejoindre l’école de la vie. Je pensais que j’allais revenir en sachant le métier que je voulais faire et reprendre les études, mais j’ai plutôt découvert que la vie ne se résume pas à un métier, comme le système scolaire te pousse à croire. Je n’en avais pas assez vu, et je n’étais pas rassasié de toutes ces bonnes choses que la vie peut t’offrir. Ne pas remettre au lendemain ce qu’on peut faire le jour même. C’est une phrase qui est souvent utilisée pour payer ses factures ou tondre la pelouse, mais je la prends plus comme une façon de voir la vie.
Ce qui m’a poussé à repartir aussi naturellement sans me poser de questions, c’est le Surf, le Soleil et l’Aventure, ce sont 3 choses primordiales dans ma vie…
Et la sensation d’avoir encore beaucoup à voir et à apprendre sur le monde et sa logique.
J’ai vu beaucoup plus de sourires sur le visage de villages entiers qui vivent au jour le jour, qui dépendent des pêches, des récoltes, des conditions climatiques, le tout orchestré par mère nature, que sur le visage de mes compatriotes français qui ont un accès facile à ce que la société peut offrir. BE HAPPY, est une façon de penser qui vaut tout l’or du monde !
Brièvement, où as-tu déjà trainé ta board ?
Canaries, Hawaï, Australie, Indonésie x2, Mexique x4, Californie x2, Nouvelle Calédonie, Portugal x2, Guatemala, Costa Rica, Irlande, Philippines.
Financièrement tu t'organises comment pour pouvoir partir puis pour vivre sur place pour les mois qui suivent ?
Pour partir, on sert les fesses l’été en France, et une fois la saison finie et le compte en banque rempli, quelques clics sur internet, et c’est parti !
Sur place, ça dépend du pays, de la durée du séjour, et du budget.
Je garde une logique en tête : moins je dépense, plus je reste donc plus je surfe… Malgré de gros craquages de temps en temps, j’essaye de dépenser le moins possible, de vivre à la manière des locaux, d’adapter la façon de me nourrir et de me loger par rapport au pays et aux rencontres que je fais. Mais forcément, il y a de bonnes galères.
Par exemple, durant mon premier voyage, lorsque je me trouvais à Melbourne, ma carte est passée pour me payer le billet de train jusqu’à l’aéroport de Sydney, il me restait assez de liquide pour payer du pain et de l’eau et ensuite plus rien...
Une journée à Melbourne, une nuit dans le train, 20h dans l’aéroport de Sydney et ensuite pendant 3-4 jours à Bali.. ! Plus moyen de retirer un kopeck (merci la carte de crédit).
C’est là qu’on survit, et qu’on s'aperçoit qu'il est beaucoup plus facile d’être aidé et heureux dans un pays tel que l’Indo que dans un pays plus développé.
Pour le coup, en Australie, c’était supermarché-basket en mode manouche.
En Indo, j’ai trouvé la confiance et la gentillesse d’une famille à coté de Padang.
Ils me permettaient de me loger, de me nourrir, et d’emprunter une moto pour tenter de retirer des sous à Kuta.. 3 allers-retours en 3 jours, 3 échecs. Après avoir bu l’eau de la douche et négocié mon arrestation contre un FHM avec un policier local, la machine a enfin craché les billets. Et là c'est FAYA, première bintang et pancake banane pour fêter ça !
Heureusement que mes premiers trips dans le Sud-Ouest sans bagnole, juste avec un caddie de supermarché m’avait déjà bien appris la démerde.
Les galères forgent et font partie du voyage. A l’échelle de chacun...
Mais lorsque ça t’arrive alors que tu es avec des potes, il y a quand même beaucoup plus moyen de gérer... Sinon, pas le choix, système D.
Il faut viser le plus important : le toit (pour le matos) et la bouffe.
Pour le toit, soit tu trouves un bon plan au mois (parfois plus rentable que de louer seulement 2 semaines pour la même chambre, soit tu peux proposer tes services de gardien ou d'homme de ménage pour ne pas payer dans une auberge de jeunesse, soit tu vis chez l’habitant ou sur les balcons de maisons à vendre… ! haha ! Pas trop mal pour éviter les bêtes !
Pour la bouffe, tu manges en fonction de la saison et de ce que le pays produit ; rien ne vaut un peu d’observation et un local pour te l’enseigner.
Ça permet en plus de tisser des liens humains, de découvrir le pays de l’intérieur et de progresser en cuisine, d’apprendre plusieurs façons différentes de se nourrir et d’utiliser les ingrédients. La pêche, la cueillette et le partage peuvent souvent rajouter du beurre dans les épinards.
L’année dernière, j’ai quitté le Ben Jahmin au Guatemala, pour partir seul au
Costa Rica. Sur la route, j’oublie ma carte de crédit dans un ATM à la frontière du Nicaragua et du Costa Rica. Bien sûr, je ne m’en rends compte qu’une fois que je devais payer le taxi à San José, à 12 heures de route de cette dernière...
En attendant d’en récupérer une, après avoir squatté les hamacs à l’extérieur, j’ai trouvé un arrangement avec un backpackers... Je garde la case le soir (j’avais un lit à l’entrée pour moi seul) et je m’occupe de donner les cours de surf aux clients.
Marché conclu. Merci à Claudio et Chris de Beds on Bohio de m’avoir permis de rester aussi longtemps dans ce pays magnifique, mais au niveau de vie inégal.
À tout problème il y a solution... Du jour au lendemain tout peut s’arranger.
Un jour tu es dans une ville avec ton pote et sa copine, une carte de crédit pour trois qui ne passe plus : plus d’argent pour payer l’auberge ou à manger, et quelques heures et magouilles plus tard.. te voici, dans une voiture de location en direction des Caraïbes avec ton pote, accompagnés de deux magnifiques femmes, une belle somme d’argent dans les poches, des boards, le smile et de quoi passer une semaine de rêve.
J'imagine que tu t'es aussi bien gavé de vagues parfaites ! Tu as des sessions précises encore en tête ?
Oh oui !! J’ai eu la chance de voir fonctionner chaque vague que j’ai chassée.. ! Même si ce n’était pas du gavage 7j/7 à chaque fois, certains rouleaux sont plus capricieux que d’autres. Mais lorsque les conditions sont réunies et que la vague que tu désires s’offre à toi sous son meilleur jour, tu as beau être en Bretagne en combi 4/3 dans de l’eau à 10° (pour être gentil) ou à Zicatela en slip, c’est un moment de bonheur intense ou tous tes soucis du quotidiens s’évaporent, le futur et le passé, n’ont plus tant d’importance. Tu jouis du moment présent et essayes de donner le meilleur de toi dans le choix de vagues, l’engagement, la glisse et le respect des autres.
C’est donc normal que chaque spot ait trouvé une place dans ma mémoire. En revanche, il y a des sessions et des vagues qui marquent plus que d’autres. C’est des moments qui resteront gravés à jamais. Et lorsque c’est un souvenir partagé avec un ou des amis, il sera plus fort et ira sûrement plus loin.
Et ce hold up aux Costa Rica, coté Caraïbes, c’était un moment magique, comme lorsque Cloud 9 s’est réveillé après avoir essuyé 2 semaines de vent onshore et un typhon de catégorie 5.
Mais il y en a tant d’autres, The Wedge avec Yo Meulet, Davo Fever et Mooglaw, et Blacks on fire (meilleur sess' de l’année d’après certains locaux).
Ou Pascuales, Zicatela, Punta Colorada à plusieurs reprises dont l’année dernière avec toi Basile et une bonne partie du Krew.
Padang Padang est aussi une vague qui reste une source de bonheur quand j’y repense. J’ai eu la chance un jour de la surfer parfaite avec Moz et la légende Manny Vargas en aqua. Une autre fois avec les collègues (Ephrem et Jackson), où sur la fin de la sess' Rob Machado (un des surfeurs que je respecte le plus de par sa glisse et son flow) nous a offert une leçon de tube riding hallucinante !
Je ne pourrai pas toutes les citer, mais ça fuse dans mon petit cerveau !
Je ne peux pas oublier ce matin ou Pierre Louis m’a réveillé, en me disant "Grouille toi, il y a 15 pieds au Pipe". Le temps de faire le calcul... AIE ! Ce fût l’une des sessions qui m’a le plus marqué. Même si ce n’est pas le jour où j’ai eu mes meilleurs rides, c’était les heures les plus intenses que j’ai vécu, en finissant ma sess' plus rapidement que prévu sur une montagne d’eau de 5 mètres venant de la droite qui a balayé tout le monde… Beaucoup de leashs cassés, dont le mien. Récupérer sa board entre celles des meilleurs et leur échanger un sourire qui veut tout dire. C’est dans ces moments-là que ce sport est si puissant et force au respect de la nature. Je me suis ensuite posé à côté de Ronus en sécurité, bercé par ce fond sonore que je n’ai jamais retrouvé nulle part ailleurs, rythmé par tous ces appareils photos qui mitraillent chaque série, les cris et applaudissements de toutes les personnes présentes pour observer ce spectacle.
Je me souviens d’ailleurs que le rider qui, pour moi, avait le plus d’engagement et d’aisance ce jour-là était mineur, français et avait comme objectif de décrocher une couronne mondiale.
Il y a un type de vague que j’apprécie particulièrement, les slabs ! Nous en avons quelques échantillons en BZH. Mais les pays les mieux fournis pour ça restent l’Oz et chez nos chers voisins Irlandais ! J’y ai passé un mois en camping-car avec la dream team composé des Réunionnais Lucas, Pinga et de mes compatriotes Bretons, Martin Viezzer, et le talentueux Ronan Gladu ! Il y a réalisé une vidéo qui partage cette expérience beaucoup mieux que je pourrai le faire avec mon petit clavier ! « Bodyboarding keeps you young ». Je vous laisse aussi surfer sur son website et découvrir plein de pépites, des projets innovants et des aventures uniques : ronangladu.com. Comme celle qu’il réalise avec deux amis Bretons en ce moment même, Lost in the swell : https://www.youtube.com/watch?v=eApyiR3jEAM
Que t'ont apporté tous ces voyages ? Tu n'as jamais eu envie de t'installer définitivement dans l'un des pays où tu es passé ?
Oulala ! Du bonheur, du surf quotidien, des amis, des souvenirs, des expériences et aventures plutôt folles ! C’est une vie intense, sans routine, sans contraintes d’horaire ! Le fait de progresser en langues étrangères change aussi ta façon de voyager et t’ouvre beaucoup de portes.
Toutes ces choses que représente le voyage ont fait la personne que je suis aujourd’hui… J’ai toujours aimé observer et eu besoin de comprendre « pourquoi » avant d’entrer en jeu.
Je crois que c’est ce que je fais en rodant à droite et à gauche, je suis acteur de ma vie grâce au surf mais spectateur dans la société d’aujourd’hui, je reste borderline et j’évite de tomber dedans pour l’instant.
Je suis loin d’avoir compris ce que veulent les hommes. Et j’ai peur de ne jamais rechercher la stabilité que la société te pousse à désirer. Le progrès est dangereux, il créé des besoins, qui, à échelle de chacun, en deviennent vitaux et font oublier les vraies valeurs de la vie. Je ne suis pas amoureux du fonctionnement qu’imposent les « puissants » au monde. Je pars un peu loin… Bref, Fuck the system ! héhé
Sinon, pour répondre à ta question, je n’ai jamais eu l’envie de me caler définitivement où que ce soit. J’ai déjà imaginé construire quelque chose dans certains endroits soit pour leur qualité de vie, soit pour leurs potentiels économiques. J’espère un jour, trouver un équilibre entre les deux qui me permettra d’avoir l’envie et la motivation de me lancer dans un projet qui sera une étape importante de mon histoire.
Mais pour l’instant, je suis toujours trop addict à cette liberté, et à toutes les émotions que ce style de vie procure. Je suis mes envies simples, et garde cap sur le bonheur.
“When I was 5 years old, my mother always told me that happiness was the key to life. When I went to school, they asked me what I wanted to be when I grew up. I wrote down ‘happy’. They told me I didn’t understand the assignment, and I told them they didn’t understand life.” John Lennon.
D'ailleurs tu penses continuer à tripper encore longtemps ?
O U I ! ! !
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Novembre 2013 | Texte & interview : Basile Hemidy | Merci aux photographes qui ont contribué à l'article
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